• Litanie sournoise

    Elle avait le regard vide. Son existence s'était annihilée dans l'instantanéité de la gloire. Ses yeux fixaient l'horizon sans ciller. Les derniers rayons du soleil illuminaient la partie gauche de son visage, tandis que l'autre se tapissait déjà d'ombre. Son iris doré reflétait l'astre. J'étais laissée spectatrice de sa fierté et un certain malaise se profilait dans ma poitrine à cette idée. Je l'ai surprise un instant à attarder son attention sur les panneaux publicitaires des buildings pour y retrouver son effigie au milieu des slogans et des couleurs vives.
    Elle incarnait la force, la réussite et me ramenait à ce que j'incarnais quant à moi : la fragilité et l'échec. Reproduire ce système dans ses relations personnelles, c'était sciemment l'ériger en morale. Je souhaitais qu'elle s'en aille, mais je redoutais encore plus la solitude. J'ai baissé la tête pour me retrouver nez à nez avec une feuille vierge. Sur mon bureau carré blanc sur fond blanc. Dans ma tête, sphère noire sur fond noir. J'ai tapoté la feuille du bout de ma mine pour me redonner une contenance. Des petites mines familières s'y dessinèrent, avec des grosses larmes qui leur prenaient tout le visage. Un pot reposait sur le bord du bureau, débordant de crayons de telle manière qu'ils se propulsaient les uns les autres en hauteur. J'ai reconnu le stylo bleu foncé estampillé OIAC, Organisation Intergouvernementale d'Asie Centrale. Je l'ai promené entre mes doigts et, sans vraiment réfléchir, j'ai dit :
    « Tu sais à qui appartenait ce stylo ?
    - Non, répondit Onwa sans trahir une quelconque curiosité.
    - À Papa.
    - Et alors ? »
    Sa réponse avait d'autant plus vrillé mes représentations qu'elle était lapidaire. Son ton ne pliait pas face à la mort ou la nostalgie. J'ai relevé la tête et je l'ai aperçue qui haussait les épaules, toujours plongée dans son étude de l'horizon. Elle avait appuyé sa joue contre la paume de sa main.
    « Je ne sais pas comment tu fais pour rester enfermée comme ça, dans cette chambre et dans le passé. Le monde est si beau... »
    Elle avait prononcé ses mots avec un amour qui m'aurait presque convaincue de la beauté du monde. Les néons des publicités s'allumèrent et éclairèrent son visage d'une lumière rouge.
    J'ai eu envie de vomir puis de mourir.

    ----

    Mon regard pur et amoureux n'ôtait pas en lubricité à ton expression. 
    Ton sourire narquois s'étirait cruellement. Tu dévores mes lèvres pour te retirer et observer mon visage rougissant avec satisfaction.
    Le souffle court, éternelle litanie, je te murmurai : 
    « J'ai envie de mourir. »


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