• Maintes fois le hasard de ton regard désespéré me sauva du spleen

    Souvent la contingence me fait doucement sourire. Je te regarde obscurément, assoupi et insouciant, et je songe à ce hasard, enfin, à ma volonté, à celle des autres, ce champ d'incertitude duquel résulte ta présence occasionnelle à mes côtés. Rien ne nous liait, un rien m'avait mise sur ton chemin, bien des fois tu t'en es écarté, je t'y ai remis sans relâche malgré la lâcheté de notre relation, tu n'as pas rechigné. C'était un mélange de plusieurs volontés, la mienne, la sienne, la tienne, ta voix silencieuse, peut-être mise devant le fait, contrainte, dépitée, qui sait, un beau jour avait prononcé mon prénom.
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    Ton image s'impose au milieu des éléments naturels. Cette lumière divine parmi la tempête me rappelle l'amour de ton image au sein du chaos de mon esprit.

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    Parler de toi comme pour te conjurer et pallier à la souffrance de ton absence.
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    Sous ces traits dissimulés les anges thomistes
    Ton flegme et mon flegme silencieuses solitudes perdues, amours inespérées
    J'imagine que tu vois plus loin
    Que ton entendement est celui des anges
    Car en toi, quelque chose que je ne saisis pas et je reconnais erratiquement supérieur
    Les joyeuses beuveries, l'étreinte d'un père, le rire d'une amie
    Tout cela est bon. Mais tout cela n'égale pas la présence d'un ange. La grandeur qu'il m'inspire, moi aussi, semble me pousser vers le surhumain... Scribe impétueuse.
    Par pragmatisme, je cherche dans cette réalité l'abstrait souvenir de ma figuration.

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    Entre autres, ces choses que l’on nomme amour :
    La séparation, le temps, les circonstances ;
    Ne font que dégrader la profondeur de cet infiniment passionné ;
    S’il n’est sagesse, il n’est pas plus éphémère bêtise.
    Attraction, inclination, luxure, somptueuses sensations :
    Ces jeux alchimiques n’ont rien à voir avec l’esprit.

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    Je suis déçue de mes impressions. J'ai cette sensation, celle d'avoir été dupe de mes propres sentiments, d'avoir cru en leur grandeur en cela qu'ils m'apportaient de grandes choses. Un instant, un seul rire cynique et voilà balayé l'Amour ; enfin, « l'amour ».
    Et je me vois là à contempler le sol, mon gras, ma médiocrité, corps las et comme absente. Je ne me sens plus de rien si ce n'est d'écrire ces plaintes. Et si je refuse cette conclusion, est-ce parce que je m'en vois toute diminuée, ou par réelle dévotion ? Toutes ces questions sont des écueils, elles me confrontent à cette terrible humanité, cette soif d'alchimie, l'amour de « l'amour » - l'unique inclination de l'humain, peut-être... -, ma volonté de ne m'y point reconnaître, du moins vaguement. Et j'ai envie de hurler devant tant de pragmatisme car le pragmatisme tue toute l'excitation de la vie, apporte une explication cartésienne aux bonheurs que l'on croit nous venir de l'au-delà et d'en-deçà. Je veux croire, et aimer, et je plains ceux qui ne peuvent ni croire, ni aimer ; ils se regardent souvent le gras. Mais plus que tout, créer, fût-il en contemplant ma médiocrité. Bien sûr, je sens encore ; cet immense vide, qui me gagne, qui me désespère, avec son indolence insupportable et sa bonhomie péremptoire ; c'est le cynisme, et il m'apprend l'humilité. Mordez mon cou, plantez vos ongles dans ma peau, arrachez-moi le cri le plus guttural ; déchirez-moi les entrailles, rongez mes os ; le sang engendre les mots, allez-y à l'envi, je suis votre hôte !

    Faites-moi souffrir le martyr s'il m'épargne le vide et son cynisme ! Une placide angoisse m'éprend, cette sous angoisse, l'angoisse ontologique, dénuée d'affects.
    Et donc, te conjurer pour me sauver ? À nouveau ? N'es-tu bon qu'à jouer les chevaliers involontaires ?
    Enfin, quelle est ma légitimité à juger de tels jeux ? Voilà bien longtemps que je m'amuse à jouer les martyrs en choisissant mes bourreaux avec toute la langueur du masochiste. Des espoirs sourds se profilent.
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    Comment t'aimer 

    Sans tomber dans la monotonie de la contention ?

    Sans t'effrayer de ma folie ? 

    Sans altérer ta beauté de mon impudique toucher ?

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    Dans mon esprit ce grand bruit m'embourbe dans les désagréables méandres de la singularité

    Ce patronyme familier respire la saleté, la maladresse et l'oisiveté ; je l'efface, je lui substitue

    Akwoo, Ënos, Sijerâ, Brade ou Onwa

    Il n'y a que ce lieu solitaire pour me rendre justice et m'épargner un instant

    la médiocrité.

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    L'attrait des contentions 


    Mais trouve-t-on chez les hommes quelque élégance ?
    Un dévoilement perpétuel, impudique
    Déleste le sentiment de sa poétique,
    Lors qu’en dissimulant, je le fais plus intense…

    Tu ne me prêtes aucun affect ; douceur placide
    Mon sourire, narquois, mon geste, nonchalant
    Sèment en toi, à ma plus grande joie, ce béant
    Trouble et je te vois qui rougis, transi et avide

    De ne pas savoir, et tu y vas des surnoms :
    Monstre, succube, démon, ce visage d’ange,
    Tu le crois fielleux ; tu ignores ce qui le ronge.

    Pourtant ! proie de la plus fervente adoration
    Pour la grâce du jeu, arborer la raison
    Par une folle sobriété, cacher l’oraison.

     


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